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Texte Libre

Lundi 15 juin 2009
 

De la tentation du chaos au sursaut patriotique

Éléments de réflexion pour une gouvernance apaisée et constructive au Niger

 

Si le changement de Constitution ne devait servir qu'à contourner l'impossibilité pour le chef de l'État de prolonger son mandat, cela serait dommageable pour le processus démocratique. En revanche, s'il s'agissait de proposer une nouvelle Constitution qui tienne compte des insuffisances constatées dans le fonctionnement des institutions et qui se rapproche plus des aspirations réelles de l'ensemble du peuple nigérien, alors le débat aurait sa raison d'être et le président actuel aurait le mérite de le proposer.


Et si la VI
e République était la bonne !!!!

 

Le tollé suscité par la volonté du président de changer la Constitution a l'allure d'un sursaut national destiné à indiquer au chef de l'État la ligne jaune, cette ligne qu'il ne pourrait franchir sans prendre le risque de déstabiliser le pays. Cependant, l'avalanche de réactions et de prises de position paraît surprenante de la part d'une classe politique qui brille par son silence et sa démission du débat politique depuis plusieurs années. Comme si la démocratie était pour cette dernière réduite aux élections et à l'alternance des différents clans au pouvoir…

 

Au-delà du débat en cours, il faudrait rappeler le contexte dans lequel l'actuelle Constitution a été rédigée et proposée au peuple. En effet, suite à l'assassinat du président Baré, l'ensemble de la classe politique avait fait voter le peuple en faveur d’une Constitution qui permettait de protéger les auteurs de ce crime et leurs complices. Ce qui a largement contribué à discréditer la classe politique nigérienne et à affaiblir le processus démocratique. Ce consensus de nos dirigeants pour constitutionnaliser l'impunité a été un acte lourd de conséquences qui disqualifie encore aujourd'hui l'opposition quand elle crie à l'atteinte aux valeurs démocratiques. Il y a là un problème de cohérence et de morale politique qui rendent peu crédibles les appels de l'opposition, quelle que soit par ailleurs leur justesse. Dans un pays comme le Niger, la pratique politique, plus qu'ailleurs encore, a une dimension pédagogique essentielle à l'enracinement de l'esprit démocratique dans la société.

 

Le président Tanja a devant lui une occasion de marquer positivement l'Histoire du pays et de mettre réellement celui-ci sur les rails du développement. Cette nouvelle initiative pourrait donner l'occasion au Niger de sortir définitivement du cycle de violence et d'instabilité. Pour cela, il semble impératif que les choses soient prises dans un ordre logique et porteur d'avenir.

 

Aucun président n'a encore eu l'audace ou l'opportunité de déconstruire le schéma hérité de l'administration coloniale pour offrir au peuple nigérien la possibilité de se penser et de se donner des institutions authentiques à travers un pacte national et républicain basé sur la prise en compte de sa diversité et de ses réalités socioculturelles. Pour lancer cette refondation de notre pacte national, il faudrait réaffirmer les liens qui unissent les différentes communautés nationales et l'impérieuse nécessité d'une intelligente coexistence, dans un cadre garantissant à chacune d’elles son épanouissement et son développement. Aujourd'hui, nous savons que tel n'est pas le cas. De manière sournoise et « naturelle », comme diraient certains, l'hégémonie culturelle de certaines communautés menace la survie d'autres. Avec la complicité, peut être aussi « naturelle », de l'État. L'État se doit non seulement de reconnaître notre diversité, mais aussi et surtout de la protéger par des règles appropriées. Rien ne peut être laissé au hasard dans ce domaine, sinon cela pourrait conduire inévitablement à l'injustice, à des frustrations et, finalement, à la violence.

 

C'est pour cette raison qu'un changement de Constitution pourrait être l'occasion pour l'actuel président de proposer un véritable pacte national partagé par l'ensemble des Nigériens, car fruit de leur propre volonté politique. Il permettrait de stabiliser de manière indiscutable et donc durable ce qui fait le socle de la nation. Assuré de cette stabilité, le pays serait mieux armé pour faire face aux défis du développement et connaître une réelle vie démocratique. Il n'est pas normal que les moyens de l'État soient utilisés pour continuer à stigmatiser ceux qui rappellent les dysfonctionnements et les déséquilibres qui existent au sein des institutions. Certaines pratiques discriminatoires de l'État sont bien plus subversives et plus dangereuses pour l'unité nationale que les rébellions et autres formes de contestation du système.

 

En prenant comme exemple la place de la communauté touarègue dans le système politique et dans les rouages de l'État, on peut aisément se rendre compte des injustices qui minent le pays et menacent sa cohésion nationale. En effet, malgré l’importance démographique de cette communauté, (un Nigérien sur cinq est touareg), et le fait qu’elle couvre pratiquement tout le territoire national, elle reste encore à la marge de la décision politique et son poids dans la vie du pays demeure insignifiant. Il suffit d’observer la composition de la haute administration, de l'armée, du corps diplomatique... On peut également s'étonner du fait que très peu de jeunes Touaregs bénéficient de bourses pour poursuivre des études supérieures.

 

La place du Tamasheq dans les médias publics reste ridiculement insignifiante, alors qu'il s'agit là d'un moyen efficace de renvoyer aux citoyens une image de leur pays qui leur ressemble. Dans le même ordre d’idées, il est révélateur de l’état d’esprit de nos dirigeants de voir la place qu’ils font aux Tifinagh dans la définition de notre identité nationale. Il est, en effet, curieux que personne au Niger ne se pose la question de la valorisation de cet alphabet alors que nous sommes en quête de symboles pour nous construire une conscience et une fierté collectives. Serait-il plus patriotique de partager l'uranium que les Tifinagh ?

 

Une nouvelle Constitution ne pourrait se justifier que si le président de la République prenait de la hauteur et proposait au pays un projet dont les ambitions dépassent les motivations qu'on lui prête aujourd'hui. Ce projet doit faire la synthèse des aspirations du peuple en s'appuyant sur les expériences qui peuvent déjà être tirées du processus démocratique depuis la Conférence nationale. Il appartiendra au Comité chargé de rédiger les textes de n'oublier aucune dimension, car la loi fondamentale ne devrait être qu'une traduction de la volonté du peuple qui se l'attribue. Il faudrait que ce Comité dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour transgresser certains tabous et proposer un texte susceptible de projeter le pays dans un avenir institutionnel moins verrouillé et plus conforme aux réalités nationales.

 

 

 

 

Abdoulahi ATTAYOUB

Temoust

Lyon (France)

 

 

Par ATTAYOUB - Publié dans : Articles
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Mardi 10 février 2009





La conscience touarègue restera plus forte, et la marche de l'Histoire lui donne déjà raison.

 


Les graves événements qui se déroulent dans le Nord du Mali aujourd'hui interpellent à plus d'un titre. Les manœuvres actuelles du gouvernement malien pour détruire les Communautés maure et touarègue en les opposant relèvent d'une stratégie déjà éprouvée par le passé.

 

 

Déjà au début des années 90

 

Dans les années 90, l'État malien, faute d'avoir réussi sur le terrain militaire avait créé la milice Gandakoye pour faire diversion et chercher à dénaturer le conflit qui l'opposait aux Mouvements de l'Azawad. Cette diversion avait pour objectif de présenter cette question comme un conflit inter ethnique et dégager ainsi la responsabilité politique et pénale des dirigeants de l'État. Cette manœuvre a été facilitée par certains cadres Touaregs dont la jugeote politique n'a, à l'évidence, pas été à la hauteur des espoirs qui avaient été placés en eux.

 

L'État malien et ses dirigeants ont pu ainsi échapper à la justice internationale grâce à la bienveillance de certains pays qui ont préféré fermer les yeux en espérant étouffer la question et empêcher son internationalisation. Pour mémoire, et surtout pour ceux qui n'auraient pas bien suivi les événements de cette époque, il faut rappeler que l'armée malienne avait, selon les estimations, massacré plusieurs milliers de civiles Touaregs et Maures dans les trois régions de Gao, Tombouctou et Kidal. Ces massacres, dans leur ampleur et les méthodes utilisées, ont montré que les gouvernants maliens ne combattaient pas une rébellion mais cherchaient à affaiblir ces Communautés qui étaient visées en tant que telles. Déjà à l'époque, certains leaders touaregs avaient prêté main forte aux autorités de Bamako contre leurs frères. Aujourd'hui nous pouvons affirmer qu'ils avaient eu tort de croire que les dirigeants maliens les différenciaient de ceux qui étaient présentés, alors, comme les ennemis.

 

A l'époque, déjà, l'association Survie Touarègue-Temoust avait dénoncé la naïveté politique de ces leaders qui devenaient, de fait, des valets d'un système politique malien dont certains responsables et la presse appelaient ouvertement à l'extermination des Touaregs, sans distinction de tribus ou des Régions. Pour ceux que cela intéresse, une importante documentation existe sur cette période encore trop proche pour n'appartenir qu'à l'Histoire.

 

 

L'impunité incite à la récidive

 

En effet, il suffit d'une rapide analyse de la situation actuelle, pour comprendre que l'objectif visé est d'affaiblir le mouvement touareg en jouant sur les faiblesses connues de certains leaders incapables de sortir de leurs schémas archaïques qui aveuglent leur action politique. Le Mali ne montre aucune volonté de considérer la communauté touarègue comme une communauté susceptible de participer de manière équitable à la gestion des affaires de l'État. En effet, les tenants du pouvoir gèrent celui-ci toujours en confondant les intérêts de leurs propres communautés avec ce qui devrait être ceux de l'État malien dans sa diversité.

 

Ces gouvernants cherchent encore à opposer les Touaregs entre eux en faisant croire à certains qu'il existe une République malienne digne d'être défendue par tous ses fils. Mais l'État malien dans son fonctionnement aujourd'hui ne remplit pas les conditions nécessaires pour que l'ensemble de ses citoyens puissent le défendre sans donner l'impression de participer à leur auto-destruction. En instituant l'impunité comme règle de base dans sa gestion de la question du Nord, le Mali se discrédite et perd toute légitimité en indexant ses opposants dans leurs luttes pour le changement.

 

Aucun Touareg sérieux, et soucieux de l'avenir de sa communauté et du Mali ne peut se satisfaire de la manière dont l'État a toujours traité cette question. Avec un minimum de lucidité et de sincérité, on ne peut pas traiter Ibrahim Ag Bahanga de bandit ou d'ennemi du Mali, tant que ATT n'est pas traduit devant un tribunal pénal international et condamné pour les crimes commis sous sa responsabilité. Les défenseurs du système politique malien actuel devraient recouvrer leurs esprits, car, en refusant le débat sur le fond de la question du Nord, ils perpétuent l'hégémonie de certaines communautés sur d'autres et, par là-même, menacent la stabilité du pays. En effet, les Touaregs et les Maures aspirent aux mêmes droits que les Bambaras, les Peuls…

 

La communauté internationale ne peut éternellement fermer les yeux sur le déni de justice qui est fait à la communauté touarègue du Mali. Les criminels, politiques et militaires, répondront un jour de leurs forfaits devant une juridiction internationale. Les tenants de l'ordre mondial savent que la stabilité de la région et l'avènement de la Démocratie passent forcement par la prise en compte des intérêts et des droits de l'ensemble des peuples en présence.

 

En effet, le gouvernement malien fort de cette impunité, utilise les mêmes méthodes en créant des milices supplétives de l'armée dont le rôle est de commettre les pires exactions contre les populations civiles touarègues. Le fait que ces milices recrutent parmi les Touaregs ne constitue aucunement un alibi et n'enlève rien à la responsabilité politique et pénale des acteurs et commanditaires de ces crimes.

 

Le jour où le Mali jugera les criminels responsables des massacres des année 60 et 90 et où les Touaregs seront réellement des citoyens maliens respectés dans leur identité et dans leurs droits fondamentaux, alors des Touaregs seront légitimés à défendre leur pays. Aujourd'hui, le Mali ne respecte pas sa communauté touarègue. Les cadres touaregs qui sont terrorisés à l'idée d'être soupçonnés de sympathie pour leur peuple en viennent à soutenir la diabolisation de ceux qui essaient de dénoncer les injustices indiscutables qu'ils subissent. Ces cadres sont plus installés dans le fatalisme et le désespoir que dans la réelle conviction qu'ils sont maliens comme les autres !!! Il suffit de constater leur silence et leur absence d'initiative pour contribuer à la résolution d'une question dont ils ne peuvent pas nier l'ampleur et la dimension ethnique.

 

Les veuves, les orphelins et tous ceux qui ont été endeuillés par les actions de l'État malien ne pourront jamais avoir confiance dans cet État tant que la vérité n'a pas éclatée et les victimes réhabilitées. La construction d'un État de droit passe par cette vérité et cette justice. Plus on tarde à l'accepter plus on hypothèque la possibilité de voir rapidement la paix nécessaire au développement du pays s'installer. Car la paix ne se décrète pas et ne s'impose pas durablement par la force. Elle s'installe par l'effet conjugué d'une justice impartiale et d'un État capable d'assumer pleinement les missions qui sont sa raison d'être.

 

En s'auto-amnistiant, les criminels des années 90 n'ont fait qu'aggraver l'injustice et éloigner davantage les perspectives d'une réconciliation entre les Touaregs et l'Etat. La fracture ainsi entretenue empêchera toujours l'avènement d'une paix durable et donc l'amorce d'une véritable vie démocratique.

 

 

Instrumentaliser l'idée de Démocratie pour empêcher le débat

 

Aucune phraséologie sur la Démocratie ne peut tromper sur la nature réelle du système politique malien, Car avant de se poser la question de la Démocratie, il faut d'abord résoudre celle du projet national et de la volonté des différentes communautés maliennes à construire, dans leur diversité, un État dans lequel elles pourront toutes se reconnaître. Aujourd'hui, on en est très loin. Tant que les élites ne sont pas sorties de l'hypocrisie actuelle, rien de durable ne pourra être construit. Trop de Maliens, y compris parmi la classe politique, n'acceptent pas les Touaregs comme des concitoyens ordinaires. Et ce sentiment est entretenu par la politique de l’État qui voit cette communauté uniquement comme une menace perpétuelle. Comme si certains Maliens ont du mal à croire en l'unité de leur pays et en leur capacité à le construire ensemble. Comment expliquer autrement l'alignement systématique de toute la classe politique malienne sur les méthodes du gouvernement même quand celui-ci monte les communautés les unes contres les autres et envoie son armée et ses milices massacrer des populations civiles. Ni les patriotes, ni les démocrates maliens n'arrivent à dépasser leur propre ethnocentrisme et à considérer les Touaregs comme ils auraient voulu que leurs propres communautés soient considérées.

 

L'État malien a montré son incapacité à imaginer des solutions politiques sérieuses pour régler définitivement le conflit qui l'oppose à la communauté touarègue. Mais a-t–il seulement la volonté de le faire ? Ceux qui estiment que les rébellions n'ont aucune raison d'être n'ont, à ma connaissance, rien proposé pour régler les problèmes qui sont posés. Attiser la haine entre les communautés et utiliser les moyens de l'État contre ses propres citoyens, à cause de leur appartenance ethnique, constituent des forfaits qui vont à l'encontre des intérêts d'un Mali unique et démocratique.

 

Le Pacte national et les accords d'Alger auraient pu servir de base à une large réconciliation entre l'État malien et sa communauté touarègue. Mais ces différents accords n'ont, à l'évidence, jamais été pris au sérieux par les autorités maliennes. Pour elles, le seul objectif a toujours été de désarmer les combattants touaregs. Or dans ce genre de conflit le désarmement, s'il devait se faire, n'intervient que quand les raisons du conflit ont disparu ou que la confiance est suffisamment revenue pour garantir l'application de ce qui a fait l'objet d'accords.

 

Que les dirigeants maliens ne s'y trompent pas. La lutte du peuple Touareg pour ses droits et ses intérêts ne dépend pas d'une personne ou d'un groupe d'individus. Le désarmement d'un groupe ou son " intégration " n'empêcheront jamais la poursuite de cette lutte tant que les injustices actuelles perdurent. S'il y a une chose qui fait l'unanimité, c'est bien la conscience qu'ont tous les Touaregs de cette injustice et de leur détermination à la combattre par les moyens qui s'imposent à eux.

 

 

Le contexte géopolitique a évolué

 

Le contexte géopolitique actuel dans la région sahélo-saharienne fait que les choses sont susceptibles d'évoluer plus rapidement qu'on ne pourrait l'imaginer. Ce qui paraissait impensable hier deviendra possible demain. Les enjeux en présence font que rien n'est immuable, et que seuls les intérêts de ceux qui décident commandent l'évolution des choses. Les petites manipulations d'ATT et sa gestion ethnique d'une question qui intéresse de plus en plus de monde risquent finalement de se retourner contre lui et de profiter à ceux qu'il traite aujourd'hui comme des ennemis. Les acteurs intéressés par cette région du monde commencent à reconnaître le rôle déterminant des Touaregs pour en assurer la sécurité et la stabilité.

 

 

Les rivalités et les rancœurs sont compréhensibles, les divisions sont injustifiables au regard de la situation actuelle et des enjeux auxquels fait face le peuple touareg

 

Les responsables touaregs qui sont tentés par les démons de la division font preuve de naïveté et manquent manifestement de discernement sur la réalité de leur pays et des affaires du monde. Autrement, ils auraient compris qu'ils renforcent les ennemis de leur peuple. C'est-à-dire ceux qui ne veulent pas des Touaregs comme citoyens et qui continuent à perpétuer la domination de certaines communautés sur d'autres.

 

Les officiers et responsables politiques touaregs qui sont encore dominés par des sentiments compréhensibles liés aux vicissitudes du passé doivent se ressaisir et garder leur lucidité sur la marche politique de l'Histoire. Nous avons vu par le passé que, quand l'État s'en prend aux Touaregs, il ne fait jamais la différence entre les tribus. Les auxiliaires du système ont souvent connu le même sort que ceux qui sont taxés d'ennemis par les tenants du pouvoir. L'Histoire récente est riche d'enseignements en la matière.

 

Dans l'Histoire des peuples, ceux qui jouent contre leurs " groupes naturels " finissent toujours par être marginalisés, voire éliminés, y compris par ceux qui les ont utilisés. Le manipulateur a rarement de la considération pour celui qui se prête à ce jeu !!! Aucun fondement juridique ou politique ne justifie que des Touaregs acceptent de combattre leurs frères pour préserver un système qui les a toujours marginalisés et massacrés sans discernement !!!

 

En envoyant des Touaregs combattre d'autres Touaregs, le Mali reconnaît son incapacité à sécuriser et administrer l'Azawad. Il appartiendra demain aux Touaregs qui se combattent aujourd'hui d'élaborer ensemble la stratégie de survie qui leur permettra d'être identifiés comme des acteurs crédibles et capables d'assumer de manière libre leurs responsabilités historiques envers leur peuple.

 

Pour rappel : l'État malien a massacré au cours des années 90 plus de 10 000 Touaregs et Maures sur le million que compte le pays. C'est comme s'il massacrait 100 000 Maliens toutes ethnies confondues. Ou que l'État français massacrait 600 000 de ses citoyens !!!!!

 

 

 

Février 2009

 

Abdoulahi ATTAYOUB

Temoust

Lyon (France)

Par ATTAYOUB - Publié dans : Articles
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Dimanche 25 janvier 2009
 

  Communiqué de presse 
AREVA-Touaregs              


Ainsi donc, pour AREVA, le peuple touareg ne serait qu'une illusion !!!!


Un responsable d’AREVA s'en prend violemment à la communauté touarègue du Niger.


«L'État français ferait mieux, [...], de donner aux autorités nigériennes les moyens de mater la rébellion des Touareg », « ces hommes en bleu qui font rêver les hommes et chavirer le coeur des femmes mais ne sont qu'une illusion… »


Ces propos, rapportés par le journal «Le Canard enchainé», dans sa livraison du mercredi 5 novembre 2008, ont été tenus en présence du ministre français de l'Intérieur, Mme Michèle Alliot-Marie, lors d'un colloque organisé par un syndicat patronal français sur « la sécurité économique ». La société actuellement nommée AREVA, qui exploite l'uranium dans les régions touarègues du nord du Niger depuis une quarantaine d'années et en a même eu le monopole durant ces décennies, s'apprête à démarrer l'exploitation d'une troisième mine qui serait l’une des plus grandes d'Afrique.



Dans ses revendications face aux autorités centrales du pays, la communauté touarègue du Niger demande légitimement qu'une partie des revenus de l'uranium lui revienne et pose régulièrement la question de l'impact écologique de ces exploitations sur la santé des populations locales.


L'indignation soulevée par cette déclaration est à la mesure des risques qu'elle fait courir au Niger en faisant croire que la force pourrait être un moyen de résolution des problèmes et que la France pourrait être un acteur de cette violence. A travers cette déclaration, c'est l'ensemble du peuple nigérien qui est visé. Il appartient à l'État nigérien en tant que garant des intérêts de ses citoyens et de leur dignité de réagir de manière appropriée et d'assumer ses responsabilités à l’égard d'une communauté nationale déjà meurtrie par les événements actuels.


Les propos de ce responsable sont d'autant plus surprenants qu'aucune organisation touarègue n'a mis en cause la présence d'AREVA au Niger et encore moins menacé les intérêts de la France dans la Région. La gravité de cette déclaration appelle donc une clarification de la stratégie d'AREVA au Niger, puisque ses exploitations sont situées sur ou très près des lieux de vie des Touaregs. Elle nécessite également une réaction sans ambiguïté de la part du gouvernement français sur la présence d'AREVA au Niger et la nature de la coopération qu'elle entend mener avec ce pays.


Les Touaregs sont en droit d'attendre une mise au point publique du gouvernement français sur cette affaire. En effet, ces propos, proférés par un amiral de la Marine française reconverti sans doute au moment de sa retraite en spécialiste de la sécurité au profit d’une société française implantée au Niger et tenus en présence d’un membre du gouvernement français, pourraient prendre une allure très officielle si le gouvernement français ne les désavouait pas dans des termes clairs et sans équivoque.


Lyon le 20 novembre 2008

Abdoulahi ATTAYOUB

Survie Touarègue-TEMOUST

Lyon (France)

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Survie Touarègue-TEMOUST

Créée en 1991, l’association Survie Touarègue-TEMOUST a son siège à Lyon. Elle oeuvre en Europe pour faire connaître le peuple touareg et milite pour le respect des droits de l’Homme. Elle intervient auprès des instances internationales (ONU, Europe, Union africaine…) pour sensibiliser la communauté internationale aux problèmes de gouvernance qui sont souvent à la base des conflits en Afrique, notamment entre les Touaregs et les Etats du Mali et du Niger.

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Survie Touarègue-TEMOUST / 7, rue Major Martin 69001 Lyon (France) Site web: www.temoust.org - E-mail: temoust@temoust.org

Par ATTAYOUB - Publié dans : Communiqués
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Dimanche 6 avril 2008

NIGER

Savoir raison garder,

Les derniers développements de la situation politique qui prévaut au nord du Niger appellent un certain nombre d’observations et peuvent légitimement susciter l’inquiétude pour l’avenir du pays.

 En effet, l’absence de toute initiative politique allant dans le sens du dialogue a pour effet de pousser à la radicalisation des esprits. Cela risque de donner une autre dimension au problème en le mettant hors de tout contrôle.


En privilégiant l’option militaire, le pouvoir actuel commet une erreur manifeste, car il ne tient pas compte des réalités de terrain, de l’expérience du passé et des évolutions observées dans d’autres conflits comparables à celui-ci. A l’évidence, la crise actuelle ne pourrait avoir de solution militaire définitive et tout retard dans l’amorce d’une logique de dialogue ne fait que compliquer davantage les choses.


La recrudescence des violations des droits de l’homme (exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et entraves à la liberté de presse) est en train de crisper le débat public et constitue un grave recul du processus démocratique. 


Le durcissement observé ces derniers mois, illustre cette régression dangereuse de la vie politique accentuée par le silence de l’opposition parlementaire, qui s’est alignée de manière inattendue sur la stratégie du Président de la République. Cette situation prive les Nigériens de tout débat constructif sur la crise que traverse le pays et les moyens d’en sortir. Les citoyens sont en droit  d’espérer que ce curieux consensus est motivé par une conscience élevée de l’intérêt national et qu’il n’est pas facilité par des calculs politiciens ou autres marchandages électoralistes.

Un consensus de ce type n’a sa justification que si le pays est réellement menacé de l’extérieur par des manœuvres qui risqueraient de mettre en danger des éléments vitaux de sa sécurité. Ce qui reste encore à prouver, même si les énormes convoitises dont font l’objet nos espaces et leur sous-sol pourraient inciter à la vigilance.


Le Président de la République, garant de la cohésion nationale
, dispose encore des moyens politiques pour mettre fin à l’engrenage de violences en créant les conditions d’un dialogue compris et accepté par l’ensemble des Nigériens. Un dialogue national pouvant amener le pays à une paix juste et durable. De la manière dont se déroulera ce dialogue dépendra la possibilité d’aboutir à une stabilité durable garantie par l’adhésion de l’ensemble des communautés du pays à un projet national partagé. Il revient au gouvernement d’encourager toutes les initiatives qui vont dans le sens de la paix.


La gestion de cette situation ne devrait pas créer de nouvelles fractures qui pourraient affaiblir le pays et mettre à mal son unité. Elle pourrait même renforcer le désir de vivre ensemble que chacun porte en soi et permettre à tous de profiter pleinement des potentialités de ce pays qui donne toutes les apparences de la pauvreté alors qu’il renferme d’immenses richesses. Les autorités devraient assumer leurs responsabilités et sanctionner de manière implacable toute tentative de stigmatisation de la communauté touarègue. Car si le gouvernement continue à tolérer, si ce n’est sous-traiter, certains discours de haine, cela pourrait finir par faire basculer le pays dans une crise majeure qui aurait des conséquences incalculables dans le contexte géopolitique actuel.


Pour faire preuve de leur volonté politique, les autorités actuelles doivent accepter l’ouverture d’un débat national sincère et constructif sur les problèmes qui sont à la racine des maux qui bloquent l’évolution des institutions du pays. En effet, le paysage institutionnel actuel ne reflète pas la réalité multinationale du pays. Les déséquilibres sont perceptibles à tous les niveaux de l’Etat et de la société. Ces déséquilibres sont souvent à l’origine des injustices que subissent certains Nigériens qui ne peuvent pas de ce fait bénéficier d’un traitement égalitaire.


Dans l’attente de l’avènement d’une société juste, les citoyens sont en droit de réclamer des lois leur garantissant une égalité de traitement par les institutions de l’Etat.


Aujourd’hui, il apparaît que seule une approche nationale et réaliste des problèmes pourrait aider le pays à sortir du cercle de la violence. La promotion d’une culture de dialogue devrait rendre définitivement obsolète tout recours à la violence pour exprimer des revendications politiques.


La communauté touarègue et les autres composantes nationales trouveront les réponses à leurs interrogations dans l’évolution des institutions de l’Etat. Pour cela, il faudrait que ces réformes se fassent dans la transparence et la volonté sincère de surmonter les injustices à la base des tensions actuelles.

Le parachèvement de la décentralisation est un impératif démocratique qui ferait avancer le pays vers une gouvernance plus moderne et plus apaisée.


Des mécanismes permettant un meilleur partage du pouvoir politique au niveau national doivent être trouvés et mis en œuvre assez rapidement. Cela suppose d’en finir avec le verbiage creux et hypocrite sur l’idée que les uns et les autres se font de la démocratie.


Le partage des richesses, notamment du sous-sol
, devrait se faire à travers des règles transparentes initiées par l’Etat dans l’intérêt du pays et des populations habitant les zones d’où sont extraites ces richesses. L’Etat doit veiller au respect des règles de sécurité en matière d’environnement par Areva et l’ensemble des sociétés qui interviennent dans l’exploration et l’exploitation du sous-sol dans le pays.


Cependant, si les Nigériens sont en droit d’exiger le respect de la part de leurs partenaires ils se doivent également d’assumer toutes leurs responsabilités à la hauteur de l’importance des engagements qu’ils prennent aussi bien dans le champ politique qu’économique.


Compte tenu des avancées politiques de ces dernières années, le gouvernement ne pourra pas se hasarder à sortir de cette crise par des petits arrangements clientélistes qui ne seraient au fond pas acceptés par la population et qui ne régleraient rien. Un dialogue bâclé, qui n’aurait pas tenu compte de la réalité des problèmes et de la légitimité des acteurs qui sont appelés à les résoudre, le vouerait à l’échec au risque de voir surgir encore d’autres tensions.


Le jeu politique actuel ne suffit pas à faire vivre la démocratie, car la pratique politique et l’image qu’en ont les citoyens sont plus proches de l’affairisme que de la défense de l’intérêt général. Le recours facile à une rhétorique sur la démocratie comme solution miracle aux problèmes du pays relève d’une naïveté coupable ou pis d’une hypocrisie qui ne trompe personne.


Il faut noter que certaines agitations sécuritaires et opportunistes auxquelles nous assistons aujourd’hui risquent de fausser la compréhension des enjeux et pourraient disqualifier tout acteur qui chercherait à semer le trouble en détournant les esprits des vrais problèmes du pays.


Le réalisme politique devrait commander aux Nigériens de consentir les efforts nécessaires pour se retrouver sur l’essentiel
et se donner les moyens de protéger leurs intérêts dans un monde où la civilisation a du mal à résister aux assauts de la barbarie de la loi du plus fort.


Abdoulahi ATTAYOUB
Temoust

Lyon, France

26 mars 2008

Par Bllatan - Publié dans : Articles
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Dimanche 27 janvier 2008

L’affaire des otages du Sahara

 

L’affaire des otages du Sahara :

Un point de vue touareg.

La fin du calvaire vécu par les otages du Sahara, est un grand soulagement pour tous ceux qui s’intéressent à cette partie du monde et à ses habitants. Outre le fait que cette affaire comporte toujours des zones d’ombre quant à la véritable identité des preneurs d’otages, leurs réelles motivations, et le rôle qu’ont pu y jouer certains Etats de la région, elle soulève un certain nombre de questions et suscite nos inquiétudes concernant ses répercussions sur la vie des populations locales.

Pour les populations touarègues de la région, les conséquences prévisibles de cette affaire sont effectivement désastreuses, à court comme à moyen terme.

Avant toute considération, nous pouvons noter que le transfert des otages du territoire algérien vers le Nord du Mali, qui reste d’ailleurs une énigme dont les objectifs demeurent obscurs, a eu pour conséquence immédiate de donner une dimension transnationale à cette affaire et d’en étendre l’impact sur toute cette région Saharo-sahélienne.

Dans un premier temps, on pense naturellement à l’impact négatif sur le tourisme, qui représente une source importante de revenus pour nombre de familles. La prochaine saison touristique s’annonce déjà compromise, au moins en partie.

Ensuite, les déclarations, faites par certains gouvernements, comme celui de l’Algérie, indiquent clairement que cette région pourrait devenir un terrain d’affrontement pour des enjeux qui n’ont aucun rapport avec les intérêts des populations locales. Ces dernières risquent, en effet, de se retrouver prises en tenailles entre les protagonistes d’un conflit étranger à leurs préoccupations immédiates.

Enfin, il est à craindre que l’espace touareg du Sahara central et du Sahel, qui a toujours été considéré par les Etats comme une zone militaire, ne le devienne davantage. Cette militarisation a d’ailleurs toujours été perçue par les populations locales comme une manière pour les Etats de les surveiller et non de les protéger. Il faut dire que les armées de ces pays se sont souvent comportées en véritables forces d’occupation dont la mission première a été de sévir contre leurs propres populations civiles.

Aujourd’hui, on peut légitimement craindre que le Mali, l’Algérie, le Niger et la Libye ne se servent de la situation créée par cette prise d’otages pour étouffer davantage la revendication principale du peuple touareg qui est de disposer de son droit inaliénable à assurer sa survie.

L’expérience montre que toute vraie politique sécuritaire, dans la région, devrait impliquer une large participation des populations locales qui, seules, maîtrisent le terrain et sont capables d’assurer leur propre sécurité. Cela ne pourra se faire, de manière efficace et durable, que dans le cadre d’une réelle politique de régionalisation qui permettrait à ces populations de prendre en charge leur développement. Une approche qui permettrait aux régions touarègues de construire des rapports apaisés avec leurs Etats respectifs et qui pourrait désamorcer les tensions liées à la forte centralisation actuelle des pouvoirs et des décisions.

Abdoulahi ATTAYOUB Vice-président du Congrès Mondial Amazigh

Lyon, 26 août 2003

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Dimanche 27 janvier 2008

 

Niger, Mali : Quel rôle pour la France ?

Niger, Mali : Quel rôle pour la France ?

Lettre ouverte à Monsieur Jacques CHIRAC président de la République française.

Monsieur le président,

Vous entreprenez une visite officielle au Niger et au Mali pour réaffirmer l’importance des liens qui existent entre le peuple français et l’ensemble des peuples qui vivent dans ces deux pays. A cette occasion le Congrès Mondial Amazigh, ONG internationale de défense des droits du peuple amazigh (berbère), souhaite attirer votre attention sur des réalités qui ne vous seront malheureusement pas évoquées lors de vos entretiens avec les dirigeants de ces pays, malgré leur importance pour la stabilité, le développement et donc l’avenir de ces pays,. Nous souhaitons évoquer le sort des communautés amazighes (berbères) qui représentent respectivement 20 et 10 pour cent des populations du Niger et du Mali. En effet, depuis la création de ces deux pays, le peuple touareg y a souffert et y souffre encore d’une marginalisation qui lui interdit toute participation réelle à la vie politique, économique et culturelle.

Vous n’êtes pas sans savoir que les régions touarègues au Niger et au Mali ont fait l’objet, ces dernières années, d’une répression ethnique qui a causé la mort de milliers de personnes et a poussé à l’exil des centaines de milliers d’autres. La communauté internationale a choisi d’ignorer cette injustice et de consacrer l’impunité des instigateurs et auteurs de ces crimes, profitant de l’impossibilité faite aux Touaregs de se faire entendre et de faire valoir leurs droits fondamentaux. L’origine de cette situation est à rechercher, dans la manière dont le pouvoir politique a été distribué à l’issue de la période coloniale. La France n’avait pas jugé opportun de faire participer les communautés touarègues à la gestion de ces nouveaux pays qui intègrent pourtant une partie essentielle de leur territoire traditionnel.

Grâce notamment au concours de la France, la paix semble aujourd’hui revenue mais les problèmes politiques de fond restent entiers. Les dirigeants politiques maliens et nigériens n’ont visiblement guère le souci de saisir l’occasion de cette accalmie pour chercher des solutions aux injustices qui ont amenées une partie de la jeunesse touarègue à prendre les armes contre leurs Etats respectifs. Pourtant les Touaregs ne demandent rien d’autre qu’un peu plus de considération et le droit d’être des citoyens à part entière. Les accords de paix signés entre les organisations touarègues et ces Etats n’ont été appliqués que dans leur dimension sécuritaire. Aujourd’hui encore, malgré quelques nominations spectaculaires destinées à l’opinion internationale, les Touaregs restent tenus à l’écart de tous les centres de décision dans ces deux pays.

Monsieur le président, Nous disposons aujourd’hui du recul nécessaire pour rectifier certaines erreurs de la colonisation et de la décolonisation, et permettre une meilleure cohabitation des peuples à l’intérieur des frontières actuelles. Votre pays demeure à ce jour le partenaire privilégié qui pourra accompagner nos pays dans leur structuration et dans la construction d’Etats de droit capables de donner à tous leurs citoyens les mêmes droits et devoirs. Nous savons que ceci n’est toujours pas le cas malgré l’amorce d’un processus démocratique qui ne peut de toute évidence pas avoir sa pleine signification dans des pays où l’analphabétisme est encore à des niveaux records et où la perception du politique est essentiellement structurée par des considérations ethniques. L’absence d’Etats impartiaux et de sentiments véritablement nationaux rend encore plus indispensable le respect des équilibres entre les différentes composantes culturelles de nos pays.

En effet ces pays, composés d’une multitude de peuples, ont encore du mal à trouver le chemin du développement à cause non seulement des circonstances de leur création mais aussi de la gestion partiale des rapports entre leurs différentes communautés.

Les décennies qui viennent de s’écouler ont montré que la construction d’une nation ne se décrète pas. Dans nos pays, seule l’adhésion de l’ensemble des peuples à un projet national respectant toutes leurs spécificités, peut garantir la pérennité des ensembles étatiques et la stabilité dans la région. Cette « unité dans la diversité » suppose une volonté politique des élites mais aussi un soutien positif de la communauté internationale et plus particulièrement de la France, du fait de l’Histoire et de sa qualité de principal partenaire du Niger et du Mali.

A la lumière des innombrables injustices faites aux Touaregs dans ces pays, et pour toutes les raisons que nous venons d’évoquer, il apparaît que le rôle de la France demeure essentiel dans la création et le maintien des équilibres nécessaires à la stabilité de cette région Sahélo-saharienne. Ce rôle devrait prendre davantage en considération les réalités locales et s’appuyer sur une éthique transparente en matière des droits de l’Homme et des peuples en présence. Nous voulons que les hypocrisies du passé laissent la place à une politique volontaire et responsable pour permettre à nos peuples de vivre dans la paix et la stabilité. Pour cela nous avons besoin du concours des pays amis, et en premier lieu de la France, qui connaît mieux que quiconque nos peuples et entretient des relations privilégiées avec nos pays.

La France pourrait être aujourd’hui une puissance médiatrice qui porterait des valeurs universelles de justice, de liberté et de paix. Une volonté politique pourrait faire évoluer l’action de votre pays dans nos régions et lui donner un visage plus moderne, en adéquation avec la nouvelle donne du monde. De par ses responsabilités historiques, la France se doit d’être aux côtés de tous ces peuples dont le destin a été profondément marqué par la colonisation et surtout par une décolonisation qui a fait le lit de toutes les injustices comme celles que connaît encore aujourd’hui le peuple Touareg..

Les politiques paternalistes du passé doivent faire place à une autre forme de coopération dont le rôle essentiel devrait être d’accompagner les mutations institutionnelles nécessaires aussi bien à la consolidation des Etats qu’à l’instauration de systèmes politiques véritablement démocratiques.

Veuillez agréer, Monsieur le président, l’expression de notre haute considération.

Le 22 octobre 2003

Pour le Bureau Abdoulahi ATTAYOUB Vice-président 

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Dimanche 27 janvier 2008

A few months ago, Niger entered a new phase in its recurrent quest for balanced institutions which could guarantee the sustained stability required for economic development. Indeed, ever since Independence, the political system handling Niger’s destinies has obviously not been able to build a national ensemble in which the various cultural communities making up the country could recognise themselves. This system has not been able to organise, transparently and in the national interest, the coexistence between communities, though these had always lived together, even before the State was created in its postcolonial shape.

A frozen system In the early 90s, the National Conference was a good opportunity for rebuilding the country on genuinely Nigerien bases, i.e. based on the common willingness of our communities to build a State that would prove capable of ensuring harmonious development, with each community keeping its own characteristics. Unfortunately, political elites did not free themselves of their elders’ methods and mental patterns, so that they could not - or would not - enforce a restructuration of the system in the light of past experiences, whether in Niger or elsewhere. The status quo was an easy option, and the National Conference failed in that area. When analysing and managing crises, those leaders that arose from the National Conference never changed their political practices, and perpetuated the mistakes made by those educated in colonial schools. Although the democratic process born out of the National Conference allowed for the emergence of a great many political players, it did not necessarily bear conclusive results as far as pluralism is concerned, whether in the field of ideas or in societal projects. Most political parties born out of this “democratic” opening have duplicated the same methods and the same spirit of political patronage as the former single party, so that many think politics are only the means - for some to get public works contracts or for others to get a job.

The Tuareg issue was clearly raised during the National Conference after the massacres in Tchin Tabaraden, but it did not answer the question as to why, from the 70s onward, many young Tuaregs left for exile in Libya, Syria, Lebanon, etc. It was inevitable that politico-military movements would arise because of the feelings of unfairness held throughout the Tuareg community, and not only in the Azawagh populations.

Emphasising security issues France and Algeria moved quickly to handle the problem and urged the protagonists towards negotiating peace agreements which were supposed to end “insecurity in the area”. The way these agreements were prepared and signed clearly showed the political weakness of the Tuareg Movement locked within the logic of security, which meant that integration of the fighters became an end onto itself - which by the way, was its only tangible achievement. It became apparent then that neither Algeria nor France wanted to deal with the political aspects of the Tuareg issue. The same pattern arose in neighbouring Mali where the problem had taken an even more dramatic turn with the killing of several thousand Touareg civilians by the national Army and its militias. The political handling of this first “rebellion” contained the seeds of those inevitably following. It also explains all sporadic actions undertaken in Northern Niger since 1995.

So we now are now faced with a new situation created by the fact that the fundamental question was never resolved : what position does the Tuareg community hold in the Nigerien national project ? This question is more than ever put forward in its international context, with international and regional powers showing a growing interest in this part of the Sahel and central Sahara because of its natural resources and because of its geostrategic situation.

There is some concern that any option considered by Niger and all interested parties, such as France, Algeria and Libya, would still be based on the problem’s purely military and security aspects, and linked to clientelist manoeuvres illustrating the absence of a political will to clearly clarify the issue, and bring about solutions that could be accepted by all parties involved.

Old-fashioned politics The Nigerien government has maintained this attitude throughout many generations, governments and political movements, showing how much the Nigerien political system is unwilling to accept the legitimacy of the Tuareg community to exercise political power in the same capacity as others. The state has been infiltrated by a political class for the most part ethnically based, thus preventing the emergence of more open political practices allowing for healthy and loyal competition between all elites in the country.

The Tuareg movement has decided to raise the issue of reforming the system so that Nigeriens can gather around the negotiating table and sow the seeds of a true national pact based not on the will of the former colonial power, but on the will of those ethno-linguistic components making up modern Niger.

Thus, the Tuareg Movement is appealing to the national conscience of each and every Nigerien, so as to bring about changes in the country which, due to a frozen system, has remained fossilised since independence. Its objective is to allow all citizens to be actively involved in building a common destiny within a state entity, as will be thought up and willed by all components of the country. Whatever one might hear, Niger remains a project and all the various components of the nation must give it structure and life, so that a country can be born tomorrow in which no community will feel invested with the mission to run all others, and so that none will feel left out for obscure reasons based on colonial history.

In fact, the demands made by the Tuareg Movement are those of democracy and good governance. They cannot be reduced to the issue of the Tuareg community being excluded from the decision-making arena. But it would be an illusion to believe that Niger can be stabilised and rebuild without first giving clear cut political answers to the question as to why this community has been treated unfairly ever since the country was created. It is therefore to the Tuareg Movement’s credit that it raises the issue on how the State manages the coexistence of its various communities.

Ending dicrimination It is not in the normal state of affairs that young Nigeriens should think the demands of the Tuareg Movement are not legitimate. These young must learn how the Tuareg community was marginalised ever since Niger was born. They must know that allegedly belonging to this community has led to stigmatisation in the 70s and 80s, whether in the street or in the Nigerien civil service ; that identity checks based on facies has existed, as if some facies were more “Nigerien” than others, to such an extend that non-Nigeriens could more freely move around the country than some of its citizens ; that foreign nationals from neighbouring states could more easily get menial jobs in mining companies than those living on the land where they operate.

Nevertheless, the Tuaregs never took up arms against Niger and even less against this or that national community. They question a system which has reached its limits in its capacity of self-reappraisal, and in bringing the country onto the path to development. The current political class obviously cannot think up and put forward a way out of the crises, and end the climate of tension which was never really lifted despite the 1995 peace agreements.

In our African countries, political practices are too often still based on ethnic or regional considerations, with Niger being a kind of caricature in this area. Traditional legitimacy, or wheeler-dealer patronage used by all political parties, including those claiming to be liberal, are the only references known to citizens. Thus, solving a problem as important as the one the country is currently experiencing cannot be left to present political parties. There are other sources of stability building legitimacy which should be queried, so as to establish a genuine basis for the nation, reflecting the wishes of all those belonging to the national community. In Niger, the gap between political legitimacy and representative legality has never been so wide. Anybody with enough money could get himself elected as member of parliament or mayor, even though he could not care less about the area or its population. This is considered “normal” practice because the political class often favours immediate opportunistic gain, rather than genuine state building policies, or implementing new institutions which would reflect its people’s real wishes.

This can also be explained by a notorious laziness in searching for an intelligent combination between a genuine democratic representation of the population and the very nature of the country’s demographic and cultural landscape.

When democratic choices do not depend on actual competition of ideas, but on purely ethnical considerations, the very notion of democracy needs to be revisited by those who want to establish a system adapted to national realities. This is all the more true in a country where the overwhelming majority of the population remains illiterate. We keep aping Western institutions and we are still unable to think up a political organisation based on our own realities. Because of these shortcomings, we willingly or unwillingly participate in maintaining the kind of instability currently rife in our countries. All the more so since some of our regions are coveted by other countries, who’s best interests lie in maintaining instability and anarchy.

Taking strong symbolic measures might be useful in bringing about changes in people’s minds (nominations, etc.), but the basic issue remains that of a structural sharing in political decision making, and therefore of a just distribution of power within State institutions. As long as the only indicator of integration in the community will remain the number of Tuareg ministers in the government, this will be proof that there is no political will. In the last few years, we witnessed how ministers only play figurative roles, and this went so far as to drive one member of government to resign in a noble and brave gesture because he thought that the government he belonged to had no respect for his position or his person.

A second National Conference The Tuareg Movement has now given the political elite (parties, unions, traditional chiefs, etc.) the opportunity to accept a kind of second National Conference endowed with full powers for a complete review of what political inertia has survived since independence, which could bring about new institutions truly emanating from the people’s will. The work of the last National Conference would be updated with a view to being more efficient and pragmatic.

This initiative will first allow for a review of all wrongs experienced by the various sections in our society. It will then become possible to consider reconciling the State with its citizens.

Today, elected representatives of the Tuareg community hide behind the State and the law to shun responsibilities, instead of carrying the wishes of the people they are supposed to represent. These elected representatives still have problems openly expressing themselves in defence of their people.

If the Tuaregs went so far as to bear arms against the State, it is also because members of parliament, mayors and traditional chiefs do not play their part in their constituencies, and are unable to help the State become aware of the sufferings of the populations. It is true, this is a country where elected representatives too often think of themselves as civil servants whose legitimacy derives from the State or the Party, rather than from the people who elected them…

A political solution The military option cannot solve such a difficult problem, because neither the Nigerien Army, nor the politico-military groups can win the war on the ground for a sustainable amount of time. Consequently the only solution is political, which is what the various successive governments always refused to acknowledge. They were confirmed in this opinion by France and Algeria who never wanted the Tuareg issue to be politically handled. This, by the way, explains why integrating Tuareg fighters into the various military and paramilitary government forces became such an issue after the 1995 peace agreements – and for some, this became the proof that the problem had been settled, when joining the forces should only have been viewed as the logical consequence of the political handling of the issue.

In order to curb current political tensions, the government can hardly avoid institutional changes, including State reform. Federalism or regional autonomy should be taboo no more, since the country’s territorial integrity is secure. Comprehensive decentralisation, as it is laboriously being set up these last few years, should in time bring about this State reorganisation which is, in my opinion, more suited to the geography, history, and culture of our regions. The very nature of the country requires such a change toward such a system, taking into account the characteristics of our natural regions. This could permanently defuse the tensions born out of bad governance and the shortcomings of our current political elites. Nigerien society must remain watchful and stop irresponsible politicians from rushing headlong towards inevitable political dead-ends.

Despite displays of strength and military know-how on the ground, the Tuareg Movement obviously does not wish to enter in a trial of strength with the army. Any loss of human life is dramatic for Niger since all are first and foremost Nigeriens compelled to build their future together. When committing atrocities against innocent civilians, the national army is loosing credibility and greatly damaging the State, while the latter is loosing part of its raison d’être, which is first and foremost to protect its citizens. When an army scares its citizens, it becomes illegitimate on their territory. It becomes an occupation army and, as such, the citizens may and must fight against it.

In the light of strong reactions so far registered, it appears that a large part of the Nigerien political class is not exactly aware of what is at stake, nor of the impact of the decisions on the future of the country. How else can one explain that the Tuareg issue is only raised under military pressure from those who believe they have no other choice but to take up arms to force changes ? The same question can also be put to Tuareg elites which proved unable to raise the issue as such, drawing on its legitimacy, and on the tools of traditional political life. Obviously, this elite, with its modern and traditional components, has difficulties positioning itself, between resignation - or even surrender - and armed struggle, when the latter is always a proof of failure in the political handling of a problem.

Abdoulahi ATTAYOUB President of TEMOUST Lyon, France

 

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Lundi 22 octobre 2007



Depuis quelques mois, le Niger est entré dans une nouvelle phase dans sa quête récurrente d’un équilibre institutionnel à même de lui garantir une stabilité durable nécessaire à son développement économique.  

En effet, depuis l’Indépendance, le système politique qui a pris en main la destinée du Niger n’a, à l’évidence, pas été en mesure de construire un ensemble national dans lequel les différentes communautés culturelles qui composent le pays puissent se reconnaître. Ce système n’a pas été capable d’organiser dans la transparence et l’intérêt national la coexistence entre des communautés qui ont pourtant toujours cohabité, avant même la création de l’État sous sa forme post-coloniale.

La Conférence nationale du début des années 90 fut une belle occasion de refonder le pays sur des bases authentiquement nigériennes, c'est-à-dire issues de la volonté commune de nos communautés à construire un État capable de leur assurer un développement harmonieux en respectant leurs spécificités. Malheureusement, les élites politiques de l’époque, encore incapables de s’affranchir des méthodes et des schémas de leurs aînés, n’ont pas pu ou voulu imposer une restructuration du système à la lumière des expériences vécues au Niger et ailleurs. La facilité du statu quo l’a emporté, et la Conférence nationale fut un échec sur ce plan. Les leaders issus de cette conférence nationale n’ont pas innové dans la pratique politique et perpétuent les mêmes erreurs d’analyse et de gestion que ceux qui avaient été formés à l’école coloniale. 

Bien que le processus démocratique, né avec cette Conférence nationale, ait permis l’émergence d’une multiplicité d’acteurs politiques, il n’a pas forcement donné de résultats probants en matière de pluralisme d’idées et encore moins de projets de société. La plupart des partis politiques nés de cette ouverture « démocratique » ont dupliqué les mêmes méthodes et le même esprit clientéliste que l’ancien parti unique. Ce qui fait dire à beaucoup que la politique n’est qu’un moyen pour accéder aux marchés publics pour les uns ou à un emploi pour les autres. 

La question touarègue a été clairement débattue lors de cette Conférence nationale suite aux massacres de Tchin-Tabaraden, mais aucune réponse n’a été apportée aux causes qui ont amené une partie de la jeunesse touarègue à s’exiler en Libye, Syrie, Liban… depuis les années 70. La naissance des premiers Mouvements politico-militaires devenait du même coup inévitable à cause du sentiment d’injustice partagé par l’ensemble de la communauté touarègue au-delà de la population de l’Azawagh. 

Très vite, la France et l’Algérie ont pris le dossier en main et ont poussé les protagonistes à la signature d’accords de paix censés mettre fin à « l’insécurité dans la zone ». La manière dont ces accords ont été préparés et signés montrait clairement la faiblesse politique du Mouvement touareg qui s’est laissé enfermer dans une logique sécuritaire faisant de l’intégration des combattants une fin en soi et d’ailleurs son seul acquis tangible. Il était apparu à l’époque que ni l’Algérie ni la France ne souhaitaient que soit traitée la dimension politique de la question touarègue. On retrouve le même schéma de traitement au Mali voisin, où la question avait pourtant pris une dimension encore plus dramatique, avec le massacre de plusieurs milliers de civils touaregs par l’Armée nationale et ses milices parallèles. 

Le traitement politique de cette première «rébellion » contenait déjà les germes de celles qui allaient inévitablement suivre. Il explique également les actions sporadiques enregistrées dans le Nord du Niger depuis 1995.  

Aujourd’hui, nous sommes donc face à une nouvelle situation créée par la non-résolution de la question de fond qui est celle de la place de la communauté touarègue dans le projet national nigérien. Bien plus que par le passé, cette question se pose dans un contexte international, caractérisé par un intérêt grandissant des puissances internationales et régionales pour le sous-sol et le positionnement géostratégique de cette partie du Sahel et du Sahara central. 

Il est à craindre que les réponses envisagées par le Niger et les pays impliqués comme la France, l’Algérie et la Libye, s’articulent toujours autour des aspects purement sécuritaires et guerriers, doublés par des manoeuvres clientélistes qui illustrent l’absence d’une volonté politique de poser clairement le problème et de lui apporter des solutions acceptables par toutes les parties concernées.

Cette attitude de l’Etat nigérien demeure une constante du système qui traverse les générations, les gouvernements et les mouvances politiques. Il s’agit en fait d’une vision constitutive du système politique nigérien qui a du mal à accepter la légitimité de la communauté touarègue à exercer le pouvoir politique au même titre que les autres composantes du pays.

Le noyautage de l’État par une classe politique essentiellement ethniciste empêche l’émergence d’une pratique politique plus ouverte permettant une compétition saine et loyale entre l’ensemble des élites du pays.

Le Mouvement touareg est décidé à poser la question de la réforme politique du système pour que les Nigériens puissent s’asseoir autour d’une table et jeter les bases d’un véritable pacte national construit par la volonté, non pas de l’ancien colonisateur, mais des composantes ethnolinguistiques qui font le Niger d’aujourd’hui.

À travers cette démarche, le Mouvement touareg s’adresse à la conscience nationale de chaque Nigérien pour faire évoluer le pays, sclérosé par un système figé depuis l’indépendance. Il s’agit de permettre à tous les citoyens d’être partie prenante de la construction d’un destin commun, structuré au sein d’une entité étatique pensée et voulue par toutes les composantes du pays.

Quoi que l’on puisse dire, le Niger reste encore un projet que les différentes composantes nationales se doivent de structurer et faire vivre pour que naisse demain un pays dans lequel aucune communauté ne se sentira investie de la mission d’administrer les autres, et où aucune autre ne se sentira à l’écart pour des raisons obscures liées à l’héritage colonial.

En réalité, les revendications portées par le Mouvement touareg se caractérisent par des exigences démocratiques et de bonne gouvernance. Elles ne peuvent plus être réduites uniquement à la problématique de l’exclusion de la communauté touareg du champ décisionnel.

Il apparaît néanmoins illusoire de vouloir stabiliser le Niger et de le construire sans apporter au préalable une réponse politique claire et sans ambiguïté aux injustices subies par cette communauté depuis la création du pays. Le Mouvement touareg a le mérite, par conséquent, de questionner au niveau national la manière dont l’État gère la coexistence de ses différentes communautés.

Il n’est pas normal que des jeunes Nigériens trouvent illégitimes les revendications du Mouvement touareg. Ces jeunes doivent apprendre la marginalisation dont a souffert la communauté touarègue depuis la création du Niger. Ils doivent savoir que la stigmatisation basée sur l’appartenance supposée à cette communauté a existé dans les années 70-80 aussi bien dans la rue que dans l’administration nigérienne. Que des contrôles d’identité au faciès ont existé au Niger comme si certains faciès pouvaient être plus « Nigériens » que d’autres, au risque même de voir des non nigériens plus libres de circuler sur le territoire national que certains compatriotes. Que des ressortissants de certains pays voisins pouvaient plus facilement accéder à des emplois de manoeuvres dans les sociétés minières que les ressortissants de la région où elles sont implantées.

Malgré cela, les Touaregs n’ont jamais pris les armes contre le Niger et encore moins contre telle ou telle autre communauté nationale. Ils interpellent un système qui a montré ses limites dans sa capacité à se remettre en cause et à amener le pays sur la voie du développement.

La classe politique actuelle n’est manifestement pas capable d’imaginer et de proposer au pays une sortie de crise permettant de mettre un terme à ce climat de tension qui n’a jamais réellement disparu malgré les accords de 1995.

Dans nos pays africains, la pratique politique est encore trop souvent basée sur des considérations ethniques ou régionalistes. Et en la matière, le Niger fait partie des pays les plus caricaturaux. En effet, les citoyens ne peuvent avoir d’autres repères en matière de représentation politique que la légitimité coutumière ou alors le clientélisme affairiste que développent tous les partis politiques, y compris ceux qui se veulent progressistes.

Devant cet état de fait, la résolution d’un problème aussi important que celui qui se pose au pays actuellement ne peut se faire uniquement à travers les partis politiques actuels. D’autres sources de légitimité porteuse de stabilité existent et doivent être interrogées pour asseoir un véritable socle national dans lequel toute la communauté nationale pourrait se retrouver. L’écart entre la légitimité politique et la légalité représentative n’a jamais été aussi important au Niger. N’importe qui, dès lors qu’il dispose de moyens matériels adéquats, pourrait se faire élire député ou maire d’une région ou d’une population des intérêts de laquelle il n’a que faire. Cette pratique est considérée comme « normale » car la classe politique privilégie souvent l’opportunisme immédiat au détriment d’une vraie politique de construction d’un État disposant d’institutions qui refléteraient réellement les aspirations de sa population.

Cela s’explique aussi par une paresse notoire à rechercher une synthèse intelligente entre les exigences d’une véritable représentation démocratique de la population et la nature même du paysage démographique et culturel du pays.

Dès lors que les choix démocratiques ne reposent plus sur une compétition d’idées, mais sur des considérations purement ethniques, la notion de démocratie, elle-même, est à revisiter pour qui veut asseoir un système politique adapté aux réalités nationales. Cela est encore plus vrai dans un pays dont l’écrasante majorité de la population est encore analphabète.

Nous continuons à singer les institutions occidentales et sommes encore incapables d’imaginer une organisation politique respectueuse de nos propres réalités. Par cette insuffisance, nous contribuons, volontairement ou non, à entretenir cette situation d’instabilité que connaissent beaucoup de nos pays. D’autant plus que certaines de nos régions sont sujettes à des convoitises qui ont souvent intérêt au désordre et à l’anarchie.

Il est parfois nécessaire de passer par des mesures symboliques et fortes pour faire évoluer les esprits (nominations…), mais la question de fond demeure celle d’un partage structurel de la décision politique et donc, de la répartition équitable des pouvoirs au sein des institutions de l’État.

Tant que l’indicateur unique de l’intégration de la communauté restera le nombre de ministres touaregs, cela voudra dire que la volonté politique n’y est pas. Nous avons vu ces dernières années à quel point un ministre peut être figuratif jusqu’à pousser un membre du gouvernement, dans un geste noble et courageux, à donner sa démission car il estimait que sa fonction et sa personne n’étaient plus respectées par le gouvernement dont il faisait partie.

Le Mouvement touareg donne aujourd’hui l’opportunité à toute l’élite politique (partis, syndicats, chefferies traditionnelles…) d’accepter une sorte de seconde Conférence nationale dotée de tous les

pouvoirs pour mettre à plat l’ensemble des pesanteurs politiques depuis les indépendances et qui pourrait jeter les bases de nouvelles institutions émanant réellement de la volonté nationale. Les travaux de la dernière Conférence nationale seraient réactualisés dans un souci d’efficacité et de pragmatisme.

Cette initiative permettra au préalable de mettre au clair l’ensemble des injustices faites aux différents pans de notre société. Il sera alors possible d’envisager une véritable réconciliation de l’État avec l’ensemble de ses citoyens.

Aujourd’hui, les élus issus de la communauté touarègue se cachent derrière l’État et la légalité pour fuir leurs responsabilités, au lieu de porter les aspirations des populations qu’ils sont censés représenter. Ces élus ont encore du mal à s’autoriser à exprimer ouvertement les attentes de leurs populations.

Si des Touaregs en arrivent à prendre les armes contre l’État, c’est aussi parce que les députés, les maires et les chefs traditionnels de leurs régions ne jouent pas leurs rôles et sont incapables d’aider cet État à prendre conscience des souffrances de ces populations. Il est vrai que nous sommes dans un pays où les élus se prennent trop souvent pour des fonctionnaires qui tiennent leur légitimité plus de l’État ou de leurs partis politiques que des populations qui les ont élus…

L’option militaire ne peut pas régler un problème aussi complexe que celui-ci, car ni l’Armée nigérienne ni les groupes politico-militaires ne peuvent gagner durablement la guerre sur le terrain.

Par conséquent, la solution ne peut être que politique. Ce que les différents gouvernements qui se sont succédé jusqu’à maintenant ont toujours refusé d’admettre. Confortés en cela par l’attitude de la France et de l’Algérie qui n’ont jamais voulu d’un traitement politique de la question touarègue. Cela explique d’ailleurs l’importance qui a été accordée aux intégrations de combattants touaregs dans les différents corps militaires et paramilitaires de l’État à la suite des accords de 1995. Au point que ces intégrations étaient devenues, aux yeux de certains, la preuve que la question était désormais réglée… Alors que ces intégrations ne devraient être que la conséquence logique du traitement politique de la question.

Pour endiguer les sources des tensions politiques actuelles, l’État peut difficilement faire l’économie d’une évolution institutionnelle y compris sur sa forme elle-même. Le fédéralisme ou l’autonomie des Régions ne doivent plus être tabous, dés lors que le pays est assuré de son intégrité territoriale. La décentralisation poussée qui se met laborieusement en place depuis quelques années devra aboutir, à terme, à cette réorganisation de l’État qui correspond, à mon sens, à la nature géographique, historique et culturelle de nos régions. C’est la nature même du pays qui exige une évolution vers un système de ce type, basé sur la prise en compte des spécificités de nos régions naturelles. Cela pourrait désamorcer durablement les tensions nées de la mal-gouvernance et des insuffisances de nos élites politiques actuelles.

La société civile nigérienne doit rester vigilante et empêcher que des politiciens irresponsables n’engagent le pays dans une fuite en avant qui ne pourra déboucher que sur une impasse politique.

Malgré ses démonstrations de force et le savoir-faire militaire dont il a fait preuve sur le terrain, le Mouvement touareg ne souhaite à l’évidence pas engager un bras de fer avec l’armée. Toute perte de vie humaine est un drame pour tout le Niger car il s’agit avant tout de Nigériens qui sont condamnés à construire ensemble l’avenir.

En commettant des exactions contre les civils innocents, l’armée nationale se décrédibilise et cause un tort énorme à l’État, vidé ainsi d‘une partie de sa raison d’être qui est avant tout de protéger ses citoyens. Une armée qui fait peur à ses citoyens n’a aucune légitimité à rester sur leur territoire. Elle devient alors une armée d’occupation que ces citoyens auront tout le droit et le devoir de combattre en tant que telle.

À la lumière des réactions enregistrées jusqu’ici, il apparaît qu’une grande partie de la classe politique nigérienne ne réalise toujours pas les enjeux de ce qui se passe et la portée des décisions qui sont à prendre pour l’avenir du pays. Sinon, comment expliquer que la question touarègue ne soit évoquée que sous la pression militaire de ceux qui estiment ne plus avoir d’autres choix que prendre les armes pour faire avancer les choses ? La même interrogation s’adresse d’ailleurs également et peut-être en premier lieu à l’élite touarègue elle-même, qui est incapable de se poser comme telle en s’appuyant sur sa légitimité et sur les outils de la vie politique traditionnelle. Cette élite, dans ces composantes modernes et coutumières, a visiblement du mal à se positionner entre une attitude de résignation voire de soumission au système et le choix des armes qui traduit toujours un échec de la gestion politique des problèmes.

Abdoulahi ATTAYOUB

Président de TEMOUST

Lyon, France

 

Par Bllatan - Publié dans : Articles
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